Copenhague, Danemark · Nørrebro · Espace public et mobilités active
Vu d’en haut, Superkilen ressemble à un large couloir multicolore et arboré qui traverse le quartier multiculturel de Nørrebro, au cœur de Copenhague. Conçu par le cabinet BIG — Bjarke Ingels Group — avec les paysagistes de Topotek 1 et le collectif artistique Superflex, le projet est devenu l’un des parcs urbains les plus emblématiques de la capitale danoise.
Mais Superkilen n’est pas seulement un parc urbain remarquable par ses couleurs ou son mobilier spectaculaire. C’est un projet urbain qui interroge la manière dont une ville peut créer du lien, donner une place visible aux différentes cultures qui la composent et transformer un espace de passage en véritable lieu de vie.
Pensé comme un corridor de loisirs, de déambulation, de jeu et de rencontre, Superkilen est à la fois un axe de circulation dans la ville et une destination à part entière pour les habitants du quartier.
Son tracé traverse Nørrebro sur près d’un kilomètre et relie différents secteurs urbains par une succession d’espaces publics aux ambiances très affirmées. L’aménagement ne cherche pas à effacer la complexité du quartier.
Au contraire, il la rend lisible et sensible à travers les formes, les couleurs, les usages et les objets qui ponctuent le parcours.

La Place Rouge constitue la partie la plus dynamique du projet. Ses sols aux teintes rouges, roses et orangées donnent à l’espace une présence immédiate. Elle accueille des activités sportives, des jeux, des équipements de loisirs et des rassemblements.
La couleur agit ici comme un signal urbain : elle attire, donne envie d’entrer et crée une continuité visuelle dans un environnement dense.

Le Parc Vert apporte un espace apaisant où se retrouver pour souffler et se détendre.
Les reliefs, les pelouses et les plantations créent une séquence plus ouverte, propice à la promenade, au repos, au jeu et aux activités familiales.
Cette présence du végétal répond à une demande importante des habitants : disposer de davantage d’espaces verts et de lieux de plein air dans un quartier urbain dense.

Le Marché Noir offre une ambiance différente. Son sol sombre est parcouru de grandes lignes blanches sinueuses qui semblent prolonger les déplacements des piétons. Ces tracés graphiques donnent du mouvement à l’espace et accompagnent les cheminements autour du mobilier, des tables, des assises et des équipements présents sur la place. Les habitants peuvent s’y installer, jouer aux échecs, partager un repas ou se retrouver autour d’une fontaine.
Les lignes blanches du Marché Noir transforment le sol en paysage graphique et accompagnent les déplacements.
Crédit : Giuseppe Milo
Les photographies montrent la capacité du dessin au sol à transformer la perception du lieu. L’asphalte n’est plus une simple surface technique : il devient une matière graphique, un paysage abstrait et un support d’usages.
L’une des grandes forces de Superkilen réside dans la place accordée à la participation citoyenne. Le projet a été développé dans un quartier marqué par une forte diversité culturelle, où cohabitent des habitants issus de nombreuses communautés et de nombreux pays.
Plutôt que d’imposer un mobilier urbain standardisé, l’équipe de conception a cherché à faire émerger les références, les souvenirs et les usages des habitants. Le parc intègre ainsi près d’une centaine d’objets et de mobiliers urbains inspirés de différentes régions du monde : balançoires d’Irak, fontaine marocaine, équipements sportifs, jeux, enseignes, bancs et objets du quotidien.
Chaque élément raconte une histoire. Il peut évoquer un pays d’origine, un souvenir familial ou une pratique connue dans une communauté. Le mobilier ne sert donc pas uniquement à s’asseoir, jouer ou s’abriter. Il devient aussi un support de mémoire et de reconnaissance.
Cette démarche donne au projet une dimension particulièrement intéressante pour les collectivités : l’identité d’un espace public ne repose pas nécessairement sur un style local figé. Elle peut aussi se construire à partir des récits, des usages et des cultures présentes sur le territoire.
Superkilen ne cherche pas à produire une image homogène du quartier. Il assume au contraire une identité faite de contrastes, de références multiples et de coexistences parfois inattendues.
Regard Parcours Piéton
Les couleurs vives, les formes inhabituelles et les objets internationaux donnent à Superkilen une identité immédiatement reconnaissable. Mais cette dimension esthétique n’est pas seulement décorative.
Le design sert ici à organiser les usages et à rendre les espaces plus lisibles. Les trois séquences permettent d’identifier rapidement les ambiances et les activités proposées. Les lignes du Marché Noir accompagnent les déplacements. Les reliefs du Parc Vert donnent une profondeur au paysage. Les équipements de la Place Rouge signalent une vocation plus active et événementielle.
Cette attention portée à la lisibilité est essentielle dans les projets d’espace public. Un lieu réussi doit pouvoir être compris sans mode d’emploi. Il doit donner envie d’entrer, permettre de se repérer et offrir plusieurs manières de l’occuper.
Pour les piétons, cette lisibilité contribue également au plaisir du déplacement. Le parcours n’est pas réduit à une liaison fonctionnelle entre deux points. Il devient une expérience composée de séquences, de découvertes et de possibilités d’arrêt.
L’inclusion sociale ne se résume pas à rendre un espace accessible au plus grand nombre. Elle suppose aussi que les habitants puissent s’y reconnaître et y trouver une place.
À Superkilen, cette reconnaissance passe par les objets, les couleurs, les usages et la participation. Le parc ne présente pas la diversité comme un discours abstrait. Il l’inscrit directement dans le sol, dans les équipements et dans les pratiques quotidiennes.
Des enfants jouent sur une structure monumentale. Des habitants partagent un repas autour de grandes tables. D’autres se retrouvent pour discuter, faire du sport ou simplement traverser le quartier. Les usages se superposent et produisent une forme de vie collective.
Les photographies d’Alexandre Garcin rendent particulièrement visible cette dimension humaine du projet. Elles montrent moins un objet architectural qu’un espace approprié : des personnes qui jouent, s’installent, se déplacent et utilisent le parc de manière spontanée.
C’est sans doute là que se situe l’une des réussites majeures de Superkilen : le projet ne se contente pas d’être regardé. Il est pratiqué.
Superkilen montre qu’un espace public peut être simultanément un lieu de passage et un lieu de destination. Cette distinction est fondamentale dans la conception des quartiers apaisés.
Les cheminements traversent des espaces de jeu, de repos, de sport et de rencontre. Les cyclistes disposent également d’une place visible dans la composition du parc.
La mobilité active devient ainsi une composante ordinaire de la vie urbaine.
Cette approche rejoint les réflexions actuelles sur la ville du quart d’heure, les rues vivantes et les espaces publics multifonctionnels. Pour encourager les déplacements à pied, il ne suffit pas toujours de créer un trottoir plus large ou une liaison plus directe. Il faut aussi rendre le parcours agréable, intéressant et appropriable.
Superkilen rappelle qu’un trajet peut devenir une destination lorsque l’espace public offre suffisamment de raisons de ralentir.
La marche n’y est pas seulement tolérée : elle est mise en scène et valorisée.














Superkilen n’est pas un modèle à reproduire à l’identique.
Son intérêt réside plutôt dans les questions qu’il pose aux villes et aux territoires.
Un parcours réussi possède une signature visuelle forte.
À Superkilen, le design n'est pas un décor : c'est un marqueur d'appartenance. On ne cherche pas à lisser la diversité, on l'affiche pour que chaque habitant se sente légitime dans l'espace public.
L'inclusion passe par le choix des fonctions. En intégrant des objets familiers venus du monde entier, le projet transforme l'usager en acteur de son paysage. Co-concevoir, c'est garantir que l'aménagement sera réellement pratiqué et respecté.
L'espace public doit accepter la superposition des temps : le sport, le jeu, le repos et le transit.
Un aménagement performant est celui qui permet à ces différents rythmes de cohabiter sans conflit, créant une ville fluide et apaisée.
Chez Parcours Piéton, nous nous intéressons aux projets qui rendent les déplacements plus simples, plus agréables en étant plus écologiques et universellement inclusifs.
Superkilen rappelle qu’un plan de mobilité, piéton, peut devenir bien plus qu’une liaison entre deux points. Il peut être un espace de vie, de rencontre, de jeu et d’appropriation collective.
Photographies: Alexandre Garcin
Photographie complémentaire : Giuseppe Milo, selon le crédit présent sur le visuel fourni.
Projet : Superkilen, Nørrebro, Copenhague.
Conception : BIG, Topotek 1 et Superflex.
BIG, Bjarke Ingels Group — présentation du projet Superkilen.
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